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Vers une nouvelle école en Belgique – bloghoptoys.fr – 04/05/2018

Vers une nouvelle école en Belgique

Grâce à l’ASBL (Association sans but lucratif) Z’Atoudys, Hop’Toys sera (très bien) représentée ce week end en Wallonie (Belgique), au salon Z’Atoudys, un salon dédié aux enfants à besoins spécifiques. Celui-ci se tiendra à Malmedy, près de Liège le samedi 5 et dimanche 6 mai.

Hop’Toys partenaire évident de Z’Atoudys

​Le salon Z’Atoudys a pour objectif de permettre aux parents d’enfants rencontrant des difficultés d’apprentissage – qu’ils présentent des troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), des troubles Dys, un haut potentiel ou qu’ils soient porteurs de troubles du spectre de l’autisme – de mieux comprendre leurs enfants et de découvrir les prises en charge possibles dans leur région, ainsi que les outils existants pour faciliter le quotidien. L’équipe d’organisation de ce salon, composée de parents, d’enseignants, de psychologues, d’ergothérapeutes, de kinésithérapeutes, d’orthophonistes (logopèdes comme disent nos amis belges) souhaite également pouvoir répondre aux enseignants et professionnels désirant approfondir leurs connaissances.

 

C’est pourquoi il était indispensable pour l’équipe de Z’Atoudys de pouvoir faire découvrir les outils et solutions proposés par Hop’Toys, de permettre à ses visiteurs de les essayer. Grâce au dynamisme de ces professionnels qui utilisent déjà largement les outils et les ressources d’Hop’Toys dans leur pratique, une large sélection de produits permettant de faciliter les apprentissages pourra être présentée ce week end : fournitures scolaires ergonomiques, aides à la concentration, à la gestion du temps, jeux éducatifs pour apprendre en s’amusant (puisqu’on en a confirmation aujourd’hui grâce aux neurosciences : le plaisir est indispensable aux apprentissages !)… autant d’outils indispensables pour les enfants DYS, TDAH, avec HP ou TSA. Et qui sont aussi plus confortables pour tous !

 

>> Découvrez ici notre gamme complète d’outils pour favoriser les apprentissages

 

Un salon, plusieurs propositions… pour petits et grands

Le salon Z’atoudys proposera 3 pôles différents :

  • des ateliers : mise en situation des troubles d’apprentissage, découverte de différentes pédagogies…
  • des stands : découverte d’outils, de techniques, de thérapeutes,…
  • des conférences : expérience et connaissances partagées par des spécialistes du secteur. (Voir ici le programme complet des conférences.)

 

Un salon pour une école

Le but premier de Z’Atoudys est de permettre de faire émerger un enseignement adapté pour les enfants à besoins spécifiques. Cet événement a donc aussi pour but de faire connaître et reconnaître par le public ce projet d’école que porte l’ABSL Z’Atoudys :

une école qui pourrait permettre aux enfants à besoins spécifiques de retrouver et de garder confiance en eux, d’apprendre selon leurs besoins spécifiques au même titre que les enfants « typiques », mais aussi et surtout de leur permettre d’apprendre par eux-mêmes comment gérer des outils et des techniques qui leur permettront de s’adapter et de compenser leurs difficultés.

 

Sur le stand Hop’Toys : des jeux, des infographies, un parcours pour les enfants et une infographie en exclusivité

Pour encourager et accompagner ce projet d’une école pour tous, Hop’Toys a réalisé une nouvelle infographie présentant comment rendre, très simplement, n’importe quelle école plus inclusive et garantir l’accueil et l’épanouissement de tous les enfants. Z’Atoudys sera heureuse d’offrir a cette infographie aux visiteurs de la part d’Hop’Toys.

 EcoleInclusive_HopToys

 

Et sur le stand Hop’Toys, les visiteurs pourront également participer à un grand jeu-concours et tenter de remporter un indispensable Time Timer.

 

 

Alors, n’hésitez pas, ce week end, assistez aux conférences de professionnels, faites profiter vos enfants des ateliers et des jouets mis à disposition et découvrez le formidable projet d’une école pour tous proposé par Z’Atoudys.

 

SALON Z’ATOUDYS
5 & 6 mai 2018
10h-18h
Malmeny – Intermills Business & Event center
Entrée gratuite
Pour plus d’information :
https://www.zatoudys.be/salon/

Agir sur l’hypersensibilité – « Le Bonhomme Hypersensible »

Posté le 10 septembre 2017 par

Nous proposons une représentation imagée des systèmes sensoriels pouvant être touchés par l’hypersensibilité, associée à quelques dispositifs de protection et de traitements :  le « Bonhomme Hypersensible ». Cet outil, présenté en fin d’article, s’appuie sur le modèle conceptuel de lʼintégration sensorielle (Jean Ayres, 1960, 1975).

Le concept d’Intégration Sensorielle

Le concept d’intégration sensorielle, issu de la neurophysiologie, apporte des outils de compréhension des causes du fonctionnement comportemental des enfants et adultes diagnostiqués TSA (Trouble du Spectre de l’Autisme) ; Jean Ayres s’étant initialement intéressée aux difficultés d’apprentissage des enfants présentant des troubles sensoriels. Malgré la difficulté de validation des travaux sur ce thème, l’intégration sensorielle apparait comme une alternative très employée au sein des programmes thérapeutiques aux Etats-Unis (Gorgy, 2013) ainsi qu’en Australie et au Canada (Brown, Rodge & al., 2005).

L’intégration sensorielle a pour but de percevoir et intégrer toutes les modalités sensorielles de façon cohérente et pour fonction de permettre des réponses comportementales adaptées.

Le terme d’intégration sensorielle désigne à la fois un modèle théorique (une fonction du système nerveux central), un trouble (une dysfonction de la modulation sensorielle) et une thérapeutique (méthode d’intervention, programmes et traitements associés) (Perrin, et al., 2013).  De nombreuses appellations du trouble, présentes dans la littérature, renvoient à des concepts sensiblement similaires :  trouble du traitement de l’information sensorielle (Sensory Processing Disorder), altérations sensorielles et perceptives, dysfonctionnement sensoriel, perturbation de la modulation sensorielle, perturbation du traitement de l’information…  (Bogdashina, 2013, p. 186).

Dunn (1997) ajoute une compréhension neurophysiologique à ce modèle, décrivant l’interaction entre les réponses neuronales aux stimulations du quotidien et les réactions comportementales qui en découlent. Elle évoque le « Profil Sensoriel » de l’enfant. Nous ne rentrerons pas ici dans le détails des différents systèmes neuro-sensoriels et récepteurs physiologiques.

Temple Grandin rappele qu’« environ neuf personnes avec autisme sur dix souffrent d’un ou plusieurs troubles sensoriels » (Grandin & Panek, 2014, p. 85). Le taux de prévalence des désordres sensoriels auprès des personnes avec autisme (TSA) varie de 30% à 100% selon les études.

L’évaluation sensorielle est préconisée par les recommandations de la Haute Autorité de Santé évoquant également un travail nécessaire « d’atténuation » et « d’aménagement de l’environnement » (HAS et Anesm, 2012) dans les cas d’hypersensibilité, faisant partie des troubles sensoriels retrouvés fréquemment chez les personnes avec autisme, sous des formes (auditive, tactile, visuelle…) et des intensités variables.

L’intégration sensorielle est un domaine naturellement investit par les ergothérapeutes français, chez qui la pratique découle directement de celle des Occupationnal Therapist canadiens et américains à l’origine de cette approche. Néanmoins, les psychomotriciens travaillant auprès de personnes avec autisme se forment de plus en plus à cet outil d’intervention, les domaines de la sensorialité et de la motricité croisant également leur champ de compétence.

 

Comprendre l’hypersensibilité afin de l’atténuer

  • Sur un versant neurologique, le modèle théorique évoque des seuils neurologiques bas, susceptibles de déclencher une réponse neuronale par la moindre stimulation (un bruit, un contact, une lumière, un mouvement…).  Bogdashina (2013) évoque un « canal trop ouvert », trop d’informations arrivant au cerveau pour pouvoir être traitées efficacement.

 

  • Sur un versant comportemental, l’enfant se montre distractible, hyperréactif, prêtant attention au moindre stimulus qui se présente, ce qui interfère avec sa tâche en cours. Nous retrouvons également le profil d’enfant optant pour l‘évitement de sensations trop intrusives, voir insupportables pour lui  (se bouche les oreilles en cas d’hyperacousie ;  refuse le contact en cas d’hypersensibilité tactile ; évite certains déplacements en cas d’hypersensibilité vestibulaire, etc.)

hypersensibilité TSA autisme DUNN profil sensoriel

Il est probable que les capacités d’habituation font défaut à l’enfant ou l’adulte présentant une hypersensibilité sensorielle.

L’habituation se traduit par le système nerveux comme la reconnaissance d’une sensation comme familière au point de ne plus mobiliser son attention sur elle. Sans habituation, l’enfant TSA est continuellement distrait par chaque nouveau stimulus comme la sensation des vêtements sur sa peau, le brouhaha dans une grande surface, etc. voir même la sensation de sa salive lorsqu’il déglutit. L’habituation apparait ainsi nécessaire à tout être humain pour maintenir son attention sur ce qu’il est en train de faire, mettant ainsi à distance les stimulations parasites non pertinentes.

L’hypersensibilité s’observe au quotidien par les conduites d’évitements et/ou de l’hyperréactivité de l’enfant face à certains stimuli, mais peut également s’objectiver plus finement, au regard d’une norme, au moyen de tests standardisés  comme le Profil Sensoriel de Dunn W. (1997) pour les enfants ou l’Echelle de Degenne C. « ESAA » (2014) pour les adultes (encore non commercialisée).

Outre le bénéfice de leur standardisation, ces outils constituent également de précieux guides structurés pour déterminer le ou les système(s) sensoriel(s) impacté(s) par l’hypersensibilité (tactile, visuel, auditif, gustatif, olfactif, proprioceptif, vestibulaire).

 

Quels moyens d’action auprès de la personne avec une hypersensibilité ?

 

Les mesures de protection 

Par souci de clarté, nous distinguerons les mesures de protection environnementale (E) des mesures de protection matérielle (M) et nous en mentionnerons quelques-unes à titre d’exemple. Elles ne sont donc absolument pas à considérer comme des règles strictes mais des propositions pouvant être testées, à titre empirique, dans une démarche d’observation et d’évaluation afin d’identifier celles qui pourraient impacter positivement le comportement de l’enfant (diminution de stéréotypies particulièrement envahissantesgain attentionnel…)

Le Guide de l’UNAPEI (page 18-19), rappel le principe des « salles de calme-retrait », permettant un espace hypostimulant, pouvant s’avérer bénéfique pour la personne hypersensible en cas de surstimulation.

Les mesures de renforcement : « protocoles », « programmes » , « traitements » sensoriels

La notion de « renforcement » implique que nous ne cherchons pas à « stimuler pour stimuler » (surtout pas !) mais proposer et aménager des afférences, expérimentations sensorielles et autres dispositifs conduits à une fréquence déterminée. Cela au regard des troubles de l’enfant et s’inscrivant dans une volonté d’objectifs ciblés tels qu’une désensibilisation (par des traitements visant l’habituation progressive et non intrusive), l’élargissement des centres d’intérêts,  l’abaissement du niveau d’activité (apaisement, bien-être) ainsi que l’amélioration comportementale et attentionnelle (si l’enfant est moins préoccupé par tout ce qu’il sent – ou cherche à ne pas sentir – alors nous misons sur le fait qu’il pourra davantage se concentrer sur ses apprentissages).

La notion de « programme » n’est pas habituelle en psychomotricité. Issue du pragmatisme de la culture outre-atlantique, elle évoque la mise en place de protocoles structurés, sans se substituer pour autant à la qualité relationnelle engagée par le cadre thérapeutique.

Ces programmes ou « traitements sensoriels » sont exercés par des professionnels paramédicaux formés à l’intégration sensorielle (psychomotricien, ergothérapeute, parfois orthophoniste). Les éducateurs et/ou familles sensibilisés voir supervisés apparaissent précieux dans cette prise en charge, la réalisation d’aménagements et de protocoles sensoriels au quotidien optimisant souvent les résultats.

Ces programmes visent souvent la mise en place d’un « régime sensoriel » (ou  » diet sensorielle », terme traduit quelque peu maladroitement, désignant l’ensemble de mesures prises autour de l’enfant/adulte, comprenant des mesures de protection, des dispositifs de renforcement ainsi que des ajustements matériels).

Enfin, nous précisons que ces protocoles de traitements sensoriels sont encore trop peu étayés scientifiquement ; cela en partie dû à l’hétérogénéité des troubles, des sujets, des protocoles et des méthodologies employés jusqu’à présent. Ils ont néanmoins le mérite de tenter d’apporter des réponses à certains troubles du quotidien (comportements-problèmes relevant d’un trouble de la modulation sensorielle), d’être pragmatiques dans leur application et non intrusifs.

 

  Le « Bonhomme Hypersensible »

 

Il s’agit d’un schéma récapitulatif et simplifié de mesures d’actions possibles (mesures de protection et de renforcement) pour chaque système sensoriel évoquant une hypersensibilité.

Nous précisons que tous les systèmes sensoriels sont rarement touchés à la fois chez une même personne par l’hypersensibilité et qu’il s’agit ici d’une représentation fictive globalisante. Enfin, l’élaboration des programmes sensoriels (détail, contenu, fréquence d’application, contre-indications éventuelles…) ne peut se réaliser qu’après évaluation préalable, tout en veillant à ne pas les appliquer « mécaniquement » sans prendre en considération les besoins spécifiques de la personne, l’intensité de ses troubles, ses autres difficultés sensorielles et/ou somatiques éventuellement associées (hyposensibilité, épilepsie…) ainsi que ses particularités de fonctionnement (niveau cognitif…).

Quelques mesures de renforcement sont mentionnées à titre d’exemple illustratif de nos dispositifs de traitements sensoriels.

modélisation hypersensibilité tactile enfant TSA autiste dunn intégration sensorielle

 

Nous précisons que les traitements somesthésiques (incluant les systèmes tactiles et proprioceptifs selon les auteurs) sont privilégiés la plupart du temps dans le cadre d’hyposensibilité (à l’inverse de l’hypersensibilité, la personne ayant alors besoin de davantage de sensations et stimulations pour atteindre les seuils neuronaux nécessaire au maintien de son équilibre sensori-moteur). Dans ce cas de figure, quelques-uns de nos outils utilisés pourrons faire l’objet d’un prochain article : mobilisations articulaires et brossages profonds inspirés du protocole Wilbarger, jeux toniques contre résistance, pressions profondes, vibreurs, port de vestes proprioceptives, de matériel lesté et/ou strappé

 

Aurélien D’Ignazio, psychomotricien D.E, Master en psychomotricité, formé en Intégration Sensorielle Niveau 3 (formateur Olivier Gorgy). 

 

Compléments d’information :

 

  • Formations en Intégration Sensorielle ouvertes aux psychomotriciens et/ou aux familles :

-Olivier Gorgy http://www.psychomotricien-liberal.com/2017/06/28/formation-integration-sensorielle-o-gorgy/

-L’AFREE http://www.afree.asso.fr/wp/wp-content/uploads/2015/02/Prog-Ttt-sensoriel-18.pdf

-Formation SuperVision : http://www.formavision-autisme.com/theme_formation/sensorialite-et-trouble-du-spectre-autistique/

  • Outils d’évaluation évoqués:

-la thèse de Claire Degenne comprenant la grille d’évaluation sensorielle pour adultes TSA  : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01037912/document

-le Profil Sensoriel de DUNN aux ECPA: https://www.ecpa.fr/psychologie-clinique/test.asp?id=1969

  • Études de cas avec méthodologie, menées par des psychomotriciens au moyen d’approches sensorielles  :

-A.SaitourJ.-M.Albaret (2017). Dimension proprioceptive et tactile de la conscience corporelle et action volontaire chez un enfant avec TSA : protocole à cas unique en rééducation psychomotrice

-Olivier Gorgy (2016). Publication Web – L’éveil sensoriel influence t’il le niveau d’activité cognitive de l’enfant autiste ?

La Dysphasie : ce DYS qui trouble le langage oral

Article extrait du site 66 Millions d’impatients

La dysphasie est un trouble sévère, spécifique et durable du langage oral qui toucherait 2% de la population en France. Comme pour les autres troubles DYS, son diagnostic se fait par exclusion et les enfants dysphasiques n’ont par définition aucune déficience intellectuelle, ni de troubles sensoriels comme des troubles auditifs notamment.

On parlera en réalité de dysphasies au pluriel, car les difficultés peuvent se situer sur différents plans, qui peuvent d’ailleurs se cumuler entre eux :

  • des difficultés sur la réception, c’est à dire la compréhension du langage ;
  • des difficultés sur la programmation puis la production des sons ;
  • des difficultés à trouver ses mots et à construire des phrases correctes sur le plan de la syntaxe.

Sachant cela, il est important de poser un diagnostic précis afin d’adapter une rééducation pertinente selon le type de difficultés de l’enfant. Plus tôt il aura accès à une rééducation suffisante, et mieux il pourra comprendre et/ou se faire comprendre.

Des programmes de communication basés sur le visuel, comme le MAKATON par exemple, peuvent être proposés. En effet, malgré leurs difficultés avec le langage oral, les enfants dysphasiques n’ont pas de problème relationnel et ont envie, comme tout un chacun, de communiquer avec les autres.

Faute de pouvoir toujours s’exprimer comme ils le voudraient, ils traversent souvent de grandes frustrations qui peuvent générer parfois un manque d’attention, de l’agitation voire de l’agressivité dans certains cas. Il est donc essentiel de mettre à leur disposition, à la maison comme à l’école, les outils et aménagements nécessaires, le plus tôt possible, pour leur permettre de communiquer.

INTERVIEW D’EDWIGE DE BARDONNÈCHE, PRESIDENTE DE L’ASSOCIATION AVENIR DYSPHASIE FRANCE ET VICE-PRÉSIDENTE DE LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DES DYS, EN CHARGE DU PÔLE SANTÉ

66 Millions d’IMpatients : Quelles sont les principales difficultés que rencontrent les parents ?

Edwige de Bardonnèche : Je dirais que c’est l’accès au diagnostic puis aux soins. Il n’est pas évident pour les parents d’identifier les professionnels de santé qui pourront contribuer à la pose du diagnostic et d’autre part, il y a trop peu de places disponibles chez les orthophonistes. Le diagnostic résulte de bilans pluridisciplinaires et nécessite une coordination. Malheureusement cette coordination est rare et les parents vont multiplier de nombreux bilans, conduisant parfois à une « errance médicale ».

Quand faut-il s’inquiéter face à des retards de langage chez son enfant ?

On commence à s’en inquiéter à 2 ans, encore davantage à 3 ans, d’autant qu’on a alors un élément de repère avec l’entrée en maternelle et la confrontation avec les autres enfants du même âge. Les démarches de diagnostic commencent ensuite vers 3 ans et demi ou 4 ans.

Ce qui va différencier le simple retard de langage de la dysphasie, c’est que dans le cas de la dysphasie, malgré une rééducation suffisante, le retard persiste et les bilans d’orthophonie montrent qu’il y a ce que l’on appelle un « écart pathologique ».

Est-il important de mettre en place la rééducation le plus tôt possible ?

La précocité de la prise en charge par le biais d’une rééducation orthophonique va souvent être déterminante dans l’évolution de la dysphasie. Plus la prise en charge est précoce et plus l’enfant a de chances de mettre en place des stratégies de compensation à son trouble. En outre, on va pouvoir également très rapidement mettre en place des aménagements pour communiquer avec l’enfant. Il faut savoir que dans la dysphasie, on est dans une prise en charge conseillée de 3 séances hebdomadaires, aussitôt que le trouble semble avéré, donc parfois dès l’âge de 3 ans. Malheureusement, selon les départements, cette prise en charge idéale est impossible du fait d’une faible représentativité des orthophonistes.

Cette rééducation durera toute la vie ?

Chaque personne aura une progression différente. En outre à l’adolescence, il est parfois difficile de mobiliser les jeunes à se rendre à 3 séances par semaine. C’est ce que j’appelle la « phase de négociation », où il est quand même important de conserver au moins une séance par semaine jusqu’au lycée voire au-delà.

La dysphasie est par définition un trouble sévère du langage. Pour autant, y a-t-il différents degrés de dysphasie ?

Il est vrai qu’il s’agit d’un trouble sévère mais effectivement il y a des degrés de sévérité et il y a des différences également suivant qu’il y a ou non des associations d’autres troubles DYS qui peuvent compliquer le handicap de l’enfant. Presque automatiquement, les enfants dysphasiques ont également un trouble du langage écrit, mais il n’est pas rare qu’ils soient également dyspraxiques et présentent un trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Dans tous ces cas de figure, la dysphasie restera la priorité dans la prise en charge de l’enfant.

Cela dit, certains parviennent à faire de brillantes études, d’autant que certains enfants ont un haut potentiel intellectuel.

La plupart du temps, les personnes dysphasiques « manquent de mots » pour s’exprimer. Leur discours peut être haché, peu intelligible, les phrases mal construites, mais il y a aussi certaines formes de dysphasies qui peuvent passer inaperçues. En effet, certains enfants dysphasiques parviennent à se constituer un stock lexical avec des phrases « prêtes à l’emploi » et ils s’appuient sur ces acquis dans les conversations du quotidien. En revanche, dès lors qu’ils sont dans des situations nouvelles ou qui nécessitent un vocabulaire spécifique, alors ils sont « en panne », perdent confiance en eux et préfèrent s’auto-censurer plutôt que montrer leurs lacunes. Ils s’accordent difficilement le droit à l’erreur.

Comment les dysphasiques compensent-ils pour communiquer ?

Le premier moyen de compensation est le visuel. Les dysphasiques utilisent beaucoup le dessin et l’écrit. Par exemple, pour les enfants avec des troubles graves, on envisagera une rééducation avec des pictogrammes et des symboles pour qu’ils puissent s’exprimer.

Dans notre association nous avons d’ailleurs une antenne qui s’appelle AVENIR DYSPHASIE MAKATON et qui est dédiée au travail sur ces pictogrammes avec un langage des signes associé et qui propose des formations à des professionnels ainsi qu’à des parents dont les enfants ont besoin de pouvoir s’exprimer grâce à ce langage illustré.

Quelles sont les principales difficultés scolaires des enfants dysphasiques ?

Les enfants dysphasiques ont beaucoup de difficultés à l’école car même si le langage oral n’est pas autant évalué que le langage écrit dans notre système scolaire, il reste primordial dans l’origine des apprentissages. Les difficultés orales des enfants dysphasiques ont un fort impact sur l’écrit. On dit généralement que les personnes dysphasiques sont des étrangers dans leur propre langue. Au début, les premières difficultés des enfants dysphasiques vont être de segmenter les mots puis de les orthographier. Imaginez en effet que vous êtes parmi des gens qui s’adressent à vous dans une langue étrangère et que l’on vous demande de retranscrire cette langue. Si vos interlocuteurs ne font pas de pause entre les mots, vous ne saurez pas comment les découper, ni bien les écrire. En plus de cela, l’organisation des idées et l’argumentation sont difficiles pour un enfant dysphasique, tout comme l’accès à l’implicite, aux métaphores etc…

Dès le plus jeune âge, un enfant dysphasique a besoin d’aménagements à l’école qui perdureront tout au long de son parcours, même s’ils poursuivent des études supérieures.

Le parcours scolaire des enfants dysphasiques dépend de nombreux facteurs : la précocité de la prise en charge, le nombre de rééducations, les aménagements mis en place, l’accompagnement de la famille, la personnalité de l’enfant, le nombre et la sévérité de troubles associés à la dysphasie, etc…

Sur le sujet de la scolarité, j’ajouterai qu’il est vraiment important de former les enseignants aux troubles DYS, aussi bien en formation initiale qu’en formation continue afin de faciliter les adaptations pédagogiques nécessaires pour ces élèves.

La dysphasie est-elle bien reconnue en France ?

Elle fait évidemment partie de la famille des DYS, dont on parle désormais beaucoup, mais on parle surtout de la dyslexie et assez peu de la dysphasie.

En outre, la définition de la dysphasie ne fait pas consensus au niveau des professionnels de santé. Certains mentionnent le terme de dysphasie quand d’autres préfèrent sa définition qui est « trouble spécifique et durable du langage oral ». C’est un problème pour nous dans la reconnaissance de ce trouble, car certaines familles ne sont pas mises face au terme de « dysphasie » et ont donc du mal à s’orienter vers un accompagnement adapté. Ce litige sur la terminologie est d’autant plus paradoxal que l’on demande à une personne qui a des difficultés orales d’évoquer son trouble par une suite de mots complexes au lieu du seul mot « dysphasie ». Nous aimerions et conseillons donc aux professionnels de santé de citer explicitement le mot dysphasie dans leurs évaluations.

A ce problème de reconnaissance terminologique, s’ajoute les erreurs et les retards de diagnostics qui sont en défaveur des familles en attente d’aménagements et/ou  de compensations via le dossier à déposer à la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). En effet, il y a une part non négligeable d’enfants suspectés d’avoir des troubles psychiques ou des déficiences intellectuelles alors qu’il s’agit d’une dysphasie. Il y a même des orthophonistes, qui sont pourtant les professionnels spécifiquement formés dans la prise en charge de ce trouble, qui se sentent si peu à l’aise avec la dysphasie qu’ils préfèrent décliner leur prise en charge. Par ailleurs, il y a un vrai manque de places disponibles chez les orthophonistes et certains départements sont sinistrés sur le plan de l’accès aux soins pour les dysphasiques. Certaines familles sont contraintes de se déplacer dans d’autres départements parfois même de déménager pour trouver un orthophoniste.

Il y a cependant un point positif, c’est que les séances d’orthophonie sont prises en charge par l’Assurance maladie et parfois dans le cadre d’une ALD, ce qui n’est malheureusement pas le cas pour les séances de psychomotricité, d’ergothérapie, de bilans neuropsychologiques etc…

Les personnes dysphasiques peuvent-elle avoir une vie professionnelle normale ?

La plupart du temps, il faudra prévoir des aménagements et surtout prévenir l’entourage professionnel car la première chose souvent que l’on pense d’une personne qui a des difficultés de langage, c’est qu’elle a des déficiences intellectuelles.

Les supports écrits en soutien pour aider la personne dysphasique à bien comprendre les consignes seront toujours nécessaires surtout lorsqu’il s’agit d’une dysphasie sur le plan réceptif.

Les personnes dysphasiques n’apprécient pas trop les changements et aiment au contraire les plannings ritualisés. En cas de modifications, là encore il est important de laisser une trace écrite.

Il ne faut surtout pas négliger leurs capacités à contourner leurs difficultés. Nous conseillons d’observer leurs stratégies de compensation car ces dernières peuvent souvent inspirer des méthodes d’organisation différentes et bénéfiques à tous.

 

Dans la peau d’un enfant à besoins spécifiques

Publié le 5 octobre 2016 par Karin Mantovani et mis à jour le 22 janvier 2018 Paru dans le Ligueur des parents du 5 octobre 2016  Lien original ici

En tant que parent d’un enfant « dys » (dyslexique, dyscalculique, dyspraxique…), de nombreuses questions surgissent tout au long du parcours sinueux de son enfant. Questions qui ne trouvent pas toujours de réponses, puisque d’un enfant à l’autre, les différences sont nombreuses. Rencontre avec Perrine Bigot, une orthopédagogue spécialisée dans le suivi d’enfants « dys ».

Dans la peau d’un enfant à besoins spécifiques

Votre atelier se nomme « Dans la peau d’un enfant à besoins spécifiques ». Est-il possible de se mettre à la place d’un enfant présentant des troubles que nous n’avons pas ?
P. B.
 : « En tant qu’orthopédagogue, un de mes objectifs est d’apporter des outils aux parents et aux enseignants. Mais avant même de proposer des outils, il me semble indispensable de leur faire comprendre comment ces enfants fonctionnent. Et je suis profondément convaincue que, pour les comprendre, il faut se mettre dans leur peau. Ressentir le vécu émotionnel que ces enfants vivent au quotidien est une expérience qui vaut plus que tous les livres et les conférences théoriques réunis ! »

Quel est le rôle de l’orthopédagogue dans l’aide à l’enfant et aux parents ?
P. B. : « Avant même de parler de suivi thérapeutique (en logopédie, en neuropsychologie…), il faut avoir élaboré un bilan. En fonction du résultat de ce bilan, la présence d’un trouble peut donc être diagnostiquée et un suivi thérapeutique s’avère donc nécessaire. Mais, parfois, les parents ne savent pas vers qui se tourner en premier. L’orthopédagogue peut aider à cibler les difficultés de l’enfant pour pouvoir le rediriger vers les professionnels compétents. Il peut aussi accompagner l’enfant dans un suivi personnel basé sur la revalorisation de l’estime de soi, souvent abîmée, et sur la motivation pour retrouver l’envie et le plaisir d’apprendre. La Belgique manque cruellement d’orthopédagogues ! »

Le diagnostic posé, comment le comprendre et l’accepter ?
P. B.
 : « Accepter le diagnostic de son enfant est souvent une étape difficile pour un parent. Comprendre que le diagnostic est l’ouverture de la porte vers une solution, des solutions permet ensuite d’envisager les pistes et les chemins à prendre pour redonner à l’enfant l’accès à son plein potentiel et à retrouver sa joie de vivre. Chacun d’entre nous a une place, il faut juste la trouver, et parfois même la créer. »

Que faire concrètement pour que ces enfants retrouvent le goût d’apprendre ?
P. B. : « Le seul chemin pour que ces enfants retrouvent le goût d’apprendre est la co-construction d’un monde où l’école n’est plus calquée sur un modèle fixe et figé, mais où l’école offre la possibilité à chacun de se comprendre, de se connaître, de s’accepter et de se respecter les uns les autres. Ce changement se fait par la prise de conscience de tous : parents, professeurs, directeurs, mais aussi et surtout par les pouvoirs politiques et les institutions. Améliorer la qualité des formations initiales, enrichir et diversifier les formations continuées pour les enseignants, initier un travail de collaboration entre les écoles et les professionnels extérieurs… La nature a créé des différences, l’homme en a fait des inégalités” : à nous de créer enfin un monde où nos DYSférences seront nos richesses ! »

Comment communiquer le plus efficacement avec l’équipe éducative ?
P. B. : « Dès le début de l’année, il faut que la communication entre toutes les personnes qui accompagnent l’enfant se mette en place : l’école, la famille et les thérapeutes extérieurs. Certaines écoles demandent systématiquement à voir le dossier médical de l’enfant. Car, bien souvent, l’origine des problèmes vient d’un manque de compréhension des uns et des autres et d’un manque de transfert entre les apprentissages faits en séances extérieures et à l’école. L’enfant n’arrive pas à mettre en place en classe ce qu’il développe lors des séances individuelles et les enseignants ne savent pas comment mettre en place des aménagements concrets pour l’enfant. Les situations sont souvent complexes et demandent une communication bienveillante, basée sur le respect de l’enfant dont le seul objectif devrait être son épanouissement, à l’école comme à la maison. »

Les enseignants sont-ils assez formés à cette problématique ?
P. B. : « Que ce soit en maternelle, en primaire ou en secondaire, les enseignants manquent souvent de formation sur les troubles de l’apprentissage et sont à la recherche d’outils et de pistes concrètes à mettre en place en classe. Et pourtant, c’est bien à l’école que les équipes éducatives sont les mieux placées pour repérer les troubles de l’apprentissage et leurs conséquences, puisque c’est à l’école que les difficultés apparaissent. La vigilance des enseignants est donc essentielle. Mais ce sont les spécialistes (neuropédiatres, logopèdes, psychologues et orthopédagogues) qui poseront le diagnostic. Tout cela en collaboration étroite avec les parents et le centre PMS. »

Comment aborder la vie quotidienne à la maison : les devoirs, la gestion des crises ?
P. B. : « Une des priorités, je pense, est que chacun reste à sa place : les parents ne doivent pas se transformer en professeurs particuliers en reprenant pendant des heures la matière scolaire. Et c’est malheureusement ce qui se passe souvent. La famille doit rester un lieu d’échanges et de partage où l’apprentissage se fait dans le plaisir et les expériences de vie. »